Préparer simplement sa retraite à 35 ans: Combien épargner?  (1/2)

Préparer simplement sa retraite à 35 ans: Combien épargner? (1/2)

Attention, c’est un article assez long, mais qui se veut relativement simple. Il ne faut pas nécessairement sortir d’une grand école d’ingénieur pour intuitivement déterminer quel sera son besoin d’épargne à la retraite. Par ailleurs, je n’aborde pas le cas des quinquagénaires ou sexagénaires, car malgré les réformes à venir, ils ont tout de même beaucoup plus de visibilité en comparaison des jeunes générations qui doivent préparer leur retraite à échéance 25-35 ans.

Voilà le sujet anxiogène par excellence en France: que va devenir notre système de retraite en France dans les 10, 20 ou 30 ans? Si vous êtes trentenaire comme moi, que vous ne faites pas partis des 10% de français les mieux rémunérés et que vous ne commencez pas à préparer votre retraite maintenant, il est fort probable que cette période de votre vie ne sera pas aussi paisible que vous le souhaitez.

Soyons encore une fois modéré, il semble très peu probable que le système de retraite disparaisse complètement mais il y’a de grandes chances que le taux de remplacement (qui correspond au rapport entre le montant de la retraite que vous percevrez et la dernière rémunération en activité) soit bien moins élevée que prévue.

Il est donc nécessaire à 35 ans ou même dès le début de sa carrière de planifier sa retraite et donc d’épargner suffisamment afin de subvenir à ses besoins par la suite. Nous pourrions à ce stade commencer à dégainer notre feuille Excel, essayer de prévoir toutes les éventualités (je l’ai fait), mais en prenant un peu de recul, nous pouvons rapidement en seulement trois étapes déterminer le montant nécessaire à épargner pour préparer sa retraite de manière sereine.

Etape #1: Déterminer le montant de sa retraite (à aujourd’hui)

Je parle ici de la retraite de base et de la retraite complémentaire (Arrco / Agirc). N’étant pas un spécialiste, et les résultats étant étroitement liés à votre carrière, chacun doit faire sa propre étude en fonction de son emploi actuel et de sa future carrière.

Cela tombe bien, le site de l’Assurance Retraite de la Sécurité Sociale propose le simulateur M@rel qui permet de vous faire une idée de votre future retraite sur la base de votre parcours professionnel antérieur, de votre rémunération actuelle et de votre future carrière. A noter que pour vous connecter, il faudra vous munir de votre identifiant (votre compte Améli ou votre numéro fiscal utilisé sur le site des impôts).

Attention à ne pas tomber dans le piège et de ne pas confondre le site officiel (lien ci-dessus) avec le nombre incalculable de sites « commerciaux » qui vous proposent une étude gratuite de votre future retraite et en profitent pour récupérer vos contacts afin de vous proposer toutes sortes de produits financiers.

Je vous laisse réaliser votre propre simulation (n’hésitez pas à laisser un commentaire ou à m’envoyer un e-mail si vous avez des difficultés pour utiliser le simulateur). Si c’est la première fois que vous faites cet exercice, vous serez peut-être surpris que le montant de la retraite annoncée par le simulateur correspondra dans le meilleur des cas à environ 75% de votre salaire actuel (pour un employé) et ce taux descendra rapidement vers les 55% pour un cadre moyen.

A ce stade, vous serez soit soulagé, soit au bord de la crise d’angoisse. Malheureusement, il est certain que les taux de remplacement seront nettement inférieurs dans les années à venir.

Etape #2: Prévoir la baisse des retraites

A moins de vivre dans une grotte, il n’a échappé à personne que de grands travaux sont lancés pour modifier notre système de retraite et que cela entraînera nécessairement à terme une baisse globale du taux de remplacement afin de s’adapter à l’évolution de la pyramide des âges. Pour rappel notre système de retraite est avant tout un système de retraite par répartition, c’est donc les actifs qui paient les retraites actuelles.

Afin de bien comprendre l’évolution de cette pyramide, je vous invite à aller voir la projection de la pyramide des âges de l’INSEE de nos jours jusqu’en 2070. Pour illustrer le propos, voici la démographie en France en 1985 et en 2018 ainsi que la projection pour 2050:

1985

2018

2050

Ce que montre ces graphiques, c’est que le nombre de personnes en âge de travailler et donc de cotiser pour nos retraites a drastiquement baissé en l’espace de 30 ans. Ce ratio est passé de 3,80 à 1,54 entre 1970 et 1997, donc divisé par 2 en 30 ans. Et ce n’est pas fini car d’après le dernier rapport du COR (Conseil d’Orientation des Retraites), cette baisse perdurera jusqu’en 2070:

La baisse du rapport démographique des 20-59 ans sur les 60 ans et plus s’est accélérée à partir de 2006 – année où l’on compte 2,5 personnes de 20 à 59 ans par personne de 60 ans et plus (1,95 en 2017 selon les données provisoires) – et le phénomène se poursuivrait jusque vers le début des années 2030 en raison de l’arrivée à l’âge de 60 ans des générations du baby-boom. Au-delà, le rapport démographique continuerait à baisser mais à un rythme moindre, puis aurait tendance à se stabiliser en fin de période de projection ; en 2070, on dénombrerait 1,25 personne de 20-59 ans par personne de 60 ans et plus, avec une incertitude de +/- 0,25 selon les différents scénarios démographiques retenus par l’INSEE en projection. Le rapport démographique des 20-64 ans sur les 65 ans et plus suivrait la même évolution, avec un décalage de 5 ans (baisse accélérée à partir de 2011 jusque vers le milieu des années 2030) et un niveau plus élevé (il passerait d’environ 3,5 en 2011 et 2,9 en 2017 à 1,7 en 2070).

Passer de 1,95 à 1,25 cotisants par retraité, cela signifie une baisse d’environ 35%. Il est donc fort probable que les taux de remplacement baisseront à minima du même ordre afin de maintenir le système de retraite français.

Il est temps de sortir la calculette pour savoir de combien pourrait être amputé la retraite d’un trentenaire par rapport au montant indiqué sur M@rel:

  • Un employé qui pouvait espérer en 2018 toucher environ 70% de son dernier salaire pourrait partir avec 70% * (100% – 35%) =  46% de son dernier salaire
  • Un cadre moyen qui pouvait espérer en 2018 toucher environ 55% de son dernier salaire pourrait partir avec 70% * (100% – 35%) =  36% de son dernier salaire

Je ne sais pas pour vous, mais je serai incapable de vivre avec moins de 50% de mon salaire actuel. Il est donc IMPERATIF de se préparer à cette baisse INELUCTABLE des retraites et de planifier correctement afin d’épargner suffisamment.

Etape #3: calculer le montant d’épargne nécessaire pour sa retraite

Maintenant que nous avons une idée du montant de notre future retraite, nous pouvons essayer de déterminer quelle épargne serait nécessaire pour vivre correctement car il est clair que la retraite de base et la retraite complémentaire (qui risquent de fusionner) ne seront pas suffisants pour vivre décemment.

Prenons quelques hypothèses de base (à adapter en fonction de chaque situation):

  • Age: 35 ans
  • Age de départ à la retraite: 65 ans (ne rêvons plus des 62 ans!)
  • Espérance de vie: 85 ans (L’INSEE indique 79 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes)
  • Nous prenons également l’hypothèse que le taux de rendement de l’épargne sera égal au taux d’inflation, ce qui est une hypothèse forte au vu du niveau de rémunération des placements sans risque (Pour rappel, le taux du Livret A est actuellement de 0,75% alors que le taux d’inflation a dépassé les 2% cette année)

Au delà de ces hypothèses, nous pouvons considérer qu’une baisse de nos revenus de 15% ne changera pas notre mode de vie  étant donné qu’il ne sera plus nécessaire d’épargner à la retraite et que ce taux correspond au taux d’épargne moyen des français, toujours selon l’INSEE.

Par ailleurs, une stratégie importante est d’être propriétaire de son logement avant le début de la retraite. Puisque la majorité d’entre nous paie un loyer ou les échéances d’un crédit, nous pouvons également encore baisser d’environ 10% les revenus nécessaires à la retraite. Il est évident que beaucoup paient des mensualités supérieures à 10% de leurs revenus (c’est mon cas!), mais je préfère laisser une marge de sécurité car il est difficile de prévoir si une augmentation des charges de copropriété (dans le cadre d’un appartement) ou d’une augmentation des impôts locaux viendront diminuer le bénéfice d’être propriétaire.

Nous pouvons donc en déduire la chose suivante:

Total70%
Dernier revenu100%
moins taux d'épargne15%
moins diminution loyer/crédit10%
moins diminution impôts et autres5%

Dans ces conditions (plus de crédits immobilier à payer), 70% de son dernier salaire semble donc être tout à fait convenable pour vivre correctement. Evidemment, en fonction de ce dernier salaire, on se retrouve plus ou moins dans l’opulence, mais l’objectif est avant tout de planifier un minimum en ne considérant pas les éventuelles rentrées d’argent non prévisibles et qui pourront venir augmenter cet épargne retraite (donations, successions ou tout simplement une amélioration des revenus du travail pendant la phase d’épargne).

Cela signifie donc:

  • Pour notre employé – Bob – celui-ci devra constituer une épargne qui correspond à la différence des 70% (l’objectif) et des 46% de la caisse de retraite, soit 24% de son dernier salaire sur 20 ans (l’espérance de vie au début de la phase de retraite). Il devra être en mesure d’épargner l’équivalent de 24% * 20 ans = 4,8, disons 5 années de revenus.

 

  • Pour notre cadre moyen – Alice – celle-ci devra en revanche constituer beaucoup plus d’épargne, à hauteur de (70% – 36%) * 20 ans = 6,8, soit l’équivalent de 7 années de revenus.

Pour un employé qui gagne 2 000 euros par mois, cela représente la bagatelle de 120 000 euros. Quant au cadre moyen qui gagnerait par exemple 3 500 euros par mois, il lui faudra pas moins de 294 000 euros quand il partira à la retraite.

Quel taux d’épargne pour obtenir ces montants?

Si nous considérons nos hypothèses de base, soit une personne de 35 ans et une phase d’épargne de 30 ans, il faudra donc:

  • Pour Bob, un taux d’épargne mensuel de 16% (120 000 / 30 ans / 12 mois / 2 000 euros)
  • Pour Alice, un taux d’épargne mensuel de 23% (294 000 / 30 ans / 12 mois / 3 500 euros)

C’est donc tout à fait faisable quoi que cela devienne tout de même difficile pour Alice, beaucoup de foyers n’arrivant pas à mettre plus de 20% de côté par mois. L’effort à faire est donc important pour finalement avoir une retraite qui ne sera clairement pas extraordinaire. La seule solution pour faire mieux, c’est d’activer l’un des trois leviers ci-dessous (ou de tous les activer en même temps!):

  1. Augmenter son taux d’épargne petit à petit et donc tendre vers une vie plus frugale, ou tout du moins en faisant attention à ses dépenses
  2. Augmenter ses revenus, soit par l’amélioration de son employabilité et de ses compétences, soit en essayant de mettre en place des revenus annexes
  3. Frauder le fisc ou envisager des activités illégales 🙂
  4. Améliorer le taux de rendement de son épargne ⇒ ce dernier étant probablement le levier le plus important pour avoir un niveau de vie confortable à la retraite. C’est ce point qui fera l’objet de mon second post dans quelques jours.

Et vous, vous en pensez quoi? Est-ce que je suis trop pessimiste dans mon approche? ou au contraire trop optimiste? Comment vous vous préparez pour être sûr d’avoir suffisamment à la retraite?

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